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    Regards sur la Corée : l’e-sport et ses clichés (partie 3)

    « Les Coréens sourient tout le temps », « ils n’ont pas de vie sociale », « ils sont très fiers et ressentent une défaite comme un échec personnel »; nombreux sont les clichés que les étrangers peuvent avoir sur les joueurs coréens. Voici le 3ème article de cette chronique qui répond à l’ensemble des clichés relevés sur le net.

    [À lire avant tout, la première et la deuxième partie de la chronique !]

    Après avoir passé en revue l’esport en général en Corée, leur Histoire et les origines des structures de joueurs professionnels, nous allons maintenant nous concentrer sur les joueurs eux-mêmes. Ces jeunes ont entre 17 et 25 ans, sont souvent issus de familles modestes et investissent leur jeunesse pour réussir dans leur discipline. Comment vivent-ils les défaites? Comment gèrent-ils la pression? Qu’en pense la famille?  Continuons notre enquête avec :

    Devenir joueur professionnel et réaction de la famille

    C’est une question récurrente lorsque l’on aborde le sujet. Les joueurs professionnels ont pour la majorité, si ce n’est tous, commencé à jouer dès leur plus jeune âge. Dans le cas de League of Legends, une fois qu’un joueur fait partie des meilleurs sur le ladder et commence à se faire connaître des autres joueurs de haut niveau, soit il se fait contacter directement par des structures, soit il va lui même se vendre auprès d’elles s’il a vocation de devenir joueur professionnel. D’après Daehan ‘Expect’ Kim, le toplaner de l’équipe G2, 4 fois championne d’Europe, le plus important est bien sûr le skill mais aussi le réseau. Il a commencé relativement tard sa carrière après le lycée via un ami qui était déjà joueur professionnel, qui l’a recommandé.

    La plupart des joueurs rejoignent une structure dès leurs 15 ans et débutent à partir de 17 ans, l’âge réglementaire pour participer aux tournois officiels. Une des différences qu’on peut relever par rapport à l’étranger c’est que les Coréens ont conscience qu’être joueur professionnel est un vrai métier qui peut rapporter de l’argent. Quand les parents comprennent que leur enfant a du talent et du potentiel pour devenir joueur professionnel, ils le soutiennent dans cette voie là car faire des études “classiques” représentent beaucoup d’efforts et de stress et pas forcément de débouché derrière.

    Un autre point important de la culture coréenne, en partie hérité du confucianisme, est la responsabilité qu’ont les enfants (surtout l’aîné) au vis à vis de leurs parents. En effet lorsqu’un enfant est en âge de travailler et de gagner de l’argent, il envoie de « l’argent de poche » à ses parents. C’est une façon de les remercier de les avoir élevés et c’est surtout une pratique ancrée dans la culture et la société coréennes. Elle s’explique d’autant plus de nos jours où ça coûte très cher d’élever un enfant en Corée. Il est donc très courant qu’un joueur professionnel envoie la totalité ou une grande partie de son salaire à sa famille.

    On peut alors se demander si ça ajoute de la pression aux joueurs coréens qui investissent la totalité de leur jeunesse dans un jeu compétitif et doivent s’occuper de leurs parents.

    Les Coréens ont énormément de pression et ils ressentent chaque défaite comme un échec personnel. CE N’EST PAS SPÉCIFIQUE AUX CORÉENS

    On ne peut nier la pression sur les joueurs professionnels quelle que soit la discipline. Plus l’enjeu d’un match est grand, plus la pression qu’il engendre est lourde. Mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose : ressentir de la pression pour une tâche signifie qu’elle a de l’importance. Pour lui faire face efficacement, il n’y a que l’entraînement et c’est ce dernier qui fait la différence entre les équipes les plus fortes et les moins fortes.

    Un des clichés sur les Coréens est qu’ils ont énormément de pression de la part de leur famille, des coachs et de leur structure s’il y en a une. C’est un faux cliché car justement ces personnes sont là pour encourager les joueurs et leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes malgré la pression qu’ils se mettent eux-mêmes qui émane de leur volonté de réussir.

    Pendant la dernière saison régulière de League of Legends en Corée, SKT T1, réputée pour être la meilleure équipe du monde (triple championne du monde), a connu une série de 8 défaites (sur 4 rencontres, 0 partie remportée). On pourrait expliquer ce marasme par justement un manque de pression, trop à l’aise dans la compétition. Ils en ont profité pour se remettre en questions et devenir plus forts, plus soudés. Aux playoffs, ils ont réussi à remonter depuis le match des Wild Card jusqu’à la finale où ils se sont inclinés face à Longzhu Gaming. Dans les interviews post-match, les joueurs ont affirmé s’être beaucoup entraînés pendant cette période qu’ils ont trouvée bénéfique et qu’ils n’avaient pas de regret car ils avaient donné le meilleur d’eux-mêmes. Par ailleurs, vendredi dernier au championnat du monde, ils nous ont montré une très belle performance avec un retournement de situation après 10K gold de retard.

    Kkoma et cCarter
    Dans le booth de SKT, kkOma et  cCarter avec les joueurs, après avoir perdu une partie contre Longzhu Gaming lors de la finale des Summer Playoffs 2017

    Ce qui différencie les meilleurs joueurs des autres, c’est leur volonté ardente et sincère de gagner et de s’améliorer. Un joueur professionnel de League of Legends m’a confié que la plus grande différence qu’ils voyaient dans les attitudes des joueurs étrangers et coréens était cette motivation primaire. Il est donc normal que plus on s’investit pendant la préparation, plus la déception est grande lors de la défaite.

    Crank a dit à propos de ses années d’expérience en tant que joueur de Starcraft :

    “Je ne peux exprimer avec des mots ce que l’on ressent lors d’une défaite car la plupart des joueurs investissent toute leur jeunesse. Je n’ai pas connu beaucoup de réussite en tant que joueur professionnel, j’ai vécu beaucoup de défaites et ces souvenirs-là sont l’une de mes plus grandes raisons pour lesquelles je ne veux plus être joueur professionnel.”

    Cependant les défaites et les éliminations ne sont pas difficiles que pour les Coréens. On se souvient tous des larmes de Rekkles en 2014 au championnat du monde et aussi plus récemment sur la scène de l’AccorHotels Arena lorsqu’il abordait la performance de FNC cette saison.

    Rekkles aux Worlds 2014
    extrait des images du World Championship 2014 après leur défaite face à OMG

    La façon de gérer la pression et les émotions dépend de chaque joueur. Si une défaite peut être douloureuse, une victoire apporte aussi beaucoup de soulagement et de joie. Concernant ce dernier, certains ont relevé que les Coréens n’avaient pas l’air d’exprimer beaucoup leurs émotions même en cas de victoire, notamment sur Starcraft.

    Les Coréens n’expriment pas beaucoup leurs émotions et ont parfois l’air de manquer d’enthousiasme. RELATIVEMENT VRAI

    Il s’agit d’un cliché directement lié à la culture asiatique. Nous avons cette image du joueur Coréen, toujours souriant, qui laisse paraître très peu d’émotions même quand il vient de remporter un tournoi. D’après Lasso, la plupart des joueurs se restreignent car ils font attention aux réactions des fans. Une simple phrase peut être mal interprétée et devenir sujet à critiques par les internautes coréens souvent virulents. Ca peut aussi venir directement de l’équipe : parfois elle demande aux joueurs de limiter leurs propos lors des interviews avant/après les matchs.

    INnoVation qui sourit timidement après avoir remporté la GSL Saison 3 (4000 points de WCS) le mois dernier

    Une autre explication de ce comportement, parfois pris pour un manque d’enthousiasme est tout simplement de la timidité, un manque d’expérience et d’aisance devant la caméra et une foule impressionnante, presque intimidante. Les joueurs Coréens sont souvent introvertis, surtout sur des jeux solo comme Starcraft, ce qui rend les interactions avec le public compliquées pour certains (ndlr: les interviews avec certains joueurs sont très difficiles car ils sont peu bavards et il faut poser les questions de la bonne façon pour les pousser à développer et éviter les réponses monosyllabiques). Mais avec le temps et l’expérience, ils évoluent et de nos jours, les réseaux sociaux et les streams personnels leur permettent de s’exprimer plus librement et d’être en contact avec les fans.

    En effet, on voit de plus en plus de jeunes joueurs qui laissent exploser leurs émotions :

    Bdd, le midlaner de Longzhu Gaming en larmes après leur victoire contre SKT en finale des summer playoffs 2017

    Avec le développement des réseaux sociaux et de l’e-sport, les joueurs sont plus exposés au public qu’auparavant. C’est aussi devenu important pour les structures et leurs joueurs de créer plus de liens et de partager avec les fans afin d’attirer les sponsors qui les financent.

    Le dernier article sera consacré à l’éducation de ces jeunes Coréens et en plus général, le système éducatif coréen.

    Article rédigé par Hyunseon alias ‘Hajinsun’, ingénieure coréenne passionnée d’e-sport et de jeux vidéo, invitée spéciale au CEC. A bientôt pour la dernière partie !

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